Invités à une fête

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Textes bibliques ce dimanche 15 Octobre 2017  pour toutes les Eglise chrétiennes en Europe : Esaie 25.6-9 ; Philippiens 4.12-20 ; Matthieu 22.1-14.
Commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA de l’Eglise Protestante Malgache en France.

Mt 22.1-14 : Invités à une fête

Comment vous habillez-vous pour une noce ?

Notons en premier lieu que le Royaume de Dieu, le pouvoir divin sur toutes choses, est présenté comme une fête. Cessation du travail pour se livrer à la joie. On pense aux noces de l’Agneau en Apocalypse 21. Noces de Dieu avec l’humanité pour qu’avec lui nous ne fassions plus qu’une seule chair. Dans notre parabole, nous ne sommes que des invités, mais d’autres textes nous diront que nous ne faisons qu’un avec le Fils. En tout cas, nous voici invités à un repas. Nous savons l’importance de la nourriture dans la Bible. Le thème est abordé dès le premier chapitre de la Genèse, au verset 29. Et cela continue : au chapitre 2, nous lisons que celui qui mange du fruit de l’arbre interdit pour faire l’expérience du mal mourra. À l’autre extrémité de la Bible, les choses s’inversent : voici un nouvel arbre où s’affiche le spectacle de notre mal, de notre folie meurtrière, et la révélation du bien absolu, de l’amour qui amène le Fils à donner sa vie pour que nous en vivions. Alors, contrairement à Genèse 2, celui qui mange du fruit de cet arbre vivra, celui qui refuse d’en manger mourra (relire Jean 6). Renonçons à reprendre tous les textes de l’Écriture qui mettent au premier plan le thème de la nourriture, du repas, comme la Manne, table dressée au désert de la soif et de la faim (Psaume 78,29). Retenons que la croix est lit nuptial des noces du Fils avec l’humanité et que le repas devient Eucharistie, c’est-à-dire Action de Grâces.

Les invités

Je viens de dire que nous sommes à la fois les invités et les épousés. Quand nous disons « épousés », nous insistons sur le fait que Dieu, dans le Fils, vient faire sienne notre chair ; quand nous disons « invités », nous soulignons que cela ne se produit pas sans l’assentiment de notre liberté. Il y faut, de notre part, un déplacement qui réponde au «déplacement» que Dieu lui-même accomplit pour venir se joindre à nous. Dans notre parabole, il nous est dit que les premiers invités, ceux que le Roi a choisis, se récusent. N’oublions pas que, depuis le début du chapitre 21, Jésus s’adresse aux grands prêtres, aux anciens du peuple et aux Pharisiens. Voilà les invités qui se sont dérobés. À leur place seront présents à la noce des inconnus recrutés dans les rues et dans les champs. Le tout-venant et – le texte le précise – les mauvais comme les bons. Cela peut surprendre ! Au fond, la question n’est pas d’être bon ou mauvais : qui peut vraiment se prétendre bon ? La question est de répondre ou de ne pas répondre à l’invitation, une invitation adressée à tout le monde. Le refus correspond au mépris du don de Dieu. Don de lui-même. Les premiers invités ne s’intéressent pas aux noces proposées. Ils vont même jusqu’à massacrer ceux qui leur transmettent l’invitation. Prélude au meurtre du Fils et, souvent, de ceux qui, plus tard, annonceront son Évangile.

L’habit de noces

Surprenant, Jésus. On pourrait croire la parabole terminée avec l’invitation de ceux qui n’avaient aucun titre à faire valoir pour participer au repas de noces. Or voici que s’ouvre un nouveau chapitre, celui de l’expulsion de l’homme qui ne porte pas le vêtement de noce ! Certains commentateurs ont parlé de «l’état de grâce», de la rectitude morale, etc. Je pense qu’une fois de plus il faut évoquer le thème du vêtement dans l’ensemble de la Bible, quitte à omettre et à résumer. Ce thème commence tôt : en Genèse 3, on nous parle de la honte d’Adam et d’Ève à la découverte de leur nudité. Nudité symbolique à coup sûr : ils avaient formé le projet de se faire «comme Dieu» (verset 5) et voici qu’ils se découvrent comme le serpent (le «rusé» du verset 1 peut aussi se traduire «nu».) Démunis et sans défense. C’est Dieu qui, en fin de compte, les vêtira de peaux de bête : les voici revenus à l’image de cette animalité qu’ils devaient dominer. À l’autre bout du récit biblique, nous retrouverons, sur la croix, l’homme nu, dénudé, dont les bourreaux se partagent les vêtements. La nudité est donc l’habit de noces que porte le Christ sur son lit de noces avec l’humanité. Je pense que nous devons interpréter à partir de là l’image de l’homme exclu du banquet dans notre parabole. Nous ne pouvons accéder à l’unité avec Dieu que démunis, dépouillés, sans aucun titre à faire valoir. Le don de Dieu ne peut être que totalement gratuit.

Author: Théodore Randriamanantena

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