La colère de l’homme et la justice de Dieu

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Textes bibliques de ce dimanche 17 Septembre 2017 pour toutes les Eglises chrétiennes en Europe :  Genèse 50.15-21 ; Romains 4.7-9 ; Matthieu 18.21-35

Commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA, de l’Eglise Protestante Malgache en France (FPMA).

La colère de l’homme et la justice de Dieu

Surprenante, l’attitude de beaucoup de nos contemporains : ils nous reprochent de parler du «péché», de culpabiliser etc. En même temps, ils ont l’indignation facile : ils sont déçus quand les tribunaux prononcent des peines trop légères à leur gré. Certains voient le mal partout : tous nos dirigeants ne sont-ils pas corrompus et ne complotent-ils pas en vue de notre asservissement ? Trouvons d’autres mots pour dire ce que nous appelions « péché » mais, au-delà des jugements sommaires, constatons que l’on tue beaucoup dans le monde, que l’on exploite sans vergogne les plus faibles (les enfants par exemple), qu’on nous «bourre le crâne» à force de publicité, cette publicité qui prend les consommateurs potentiels pour des «cibles». On n’aime pas que les chrétiens nous parlent de péché parce que le mal est toujours chez les autres, mais surtout parce que nous ne parlons jamais de péché sans parler en même temps de pardon. Or le pardon, voilà bien l’impardonnable. «Faire payer» est l’un des dogmes intangibles de nos sociétés et voici que l’Évangile vient s’inscrire en faux contre cette forme moderne du Talion. La colère peut, souvent, être explicable. Jacques (1,20) nous dit que la colère de l’homme s’accomplit pas la justice de Dieu. Or la justice de Dieu n’est autre que notre justification, qui ne va pas sans pardon, le pardon qui vient de Dieu et passe par nous.

La parabole : de la justice à l’amour

Il s’agit d’une parabole du Royaume, et c’est bien pour cela que le premier personnage cité est un roi, c’est-à-dire un homme détenteur du pouvoir absolu. Une figure de Dieu puisque ce royaume terrestre est «semblable au Royaume des Cieux». En face de lui le débiteur insolvable, redevable d’une somme fabuleuse. Que va-t-il se passer ? Dans un premier temps, le roi exige remboursement. Nous voici au niveau de la justice au sens ordinaire du mot; sous le régime de la Loi. Il fallait que le serviteur passe par là, sinon il n’aurait jamais pris une conscience nette de sa dette et de ses conséquences. Mais le roi va être «saisi de pitié» et la pitié, on le sait, n’est pas du domaine de la justice. Comme le maître des ouvriers de la dernière heure, il va «changer de régime» et passer de la Loi à l’amour. Le droit, qui exige équivalence, va être relayé par la gratuité, qui donne sans espoir de retour et ne tient pas compte de «mérites». Passe-droit ! On le sait, le serviteur acquitté n’entre pas dans cette Sagesse au-delà de toute logique. Retrouvant un collègue qui lui doit une somme modique, il s’en tient à la logique du droit. Ce faisant il reste «sous la Loi», comme dit Paul, sans se douter que cette Loi le condamne. La parabole nous dit que le roi revient alors sur sa décision de remettre la dette et rentre dans le domaine de la justice, domaine auquel son pouvoir absolu lui permettait d’échapper.

Imiter Dieu

Relisons attentivement les paroles adressées par le roi au serviteur impitoyable. À première vue, il lui reproche de ne pas s’être laissé toucher par la détresse de son collègue. En fait, sa faute a consisté à n’avoir pas su imiter le roi : «Ne devais-tu pas (…) avoir pitié (…) comme moi-même j’avais eu pitié?» Ce «comme» est lourd de signification; il fait série avec le «comme» de Matthieu 5,43-45: nous avons à être parfaits comme notre Père est parfait, lui qui fait tomber la pluie sur les justes mais aussi bien sur les injustes. Être comme le Père c’est être fils, c’est-à-dire image et ressemblance, seule manière pour nous d’exister en vérité. Si nous pouvons pardonner, c’est parce que Dieu est le premier à pardonner. Le pardon est comme la rivière née d’une source, Dieu. Il nous traverse si nous le laissons passer vers d’autres. C’est ce passage qui nous irrigue; si nous ne laissons pas passer ce fleuve d’eaux vives, nous stagnons sous le régime de la Loi. Le pardon ne nous atteint que si nous le donnons. On a l’impression que c’est le roi qui remet le serviteur impitoyable sous le régime de la Loi; en fait c’est ce dernier qui, de lui-même, y retourne.

Problème: nous avons un mal fou à sortir de l’aveuglement pour prendre conscience de l’énormité de la dette que Dieu nous remet. Il fallait que Dieu, dans le Christ, pardonne aux hommes qui le crucifient pour que nous apprenions que la dette que Dieu nous remet n’est pas une petite somme mais la dette de la vie, incommensurable.

Author: Théodore Randriamanantena

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