La rupture n’est pas chrétienne

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Textes bibliques de ce dimanche 10 Septembre 2017 pour toutes les Eglises chrétiennes en Europe : Ézéchiel 33.7-9 ; Romains 13. 8-10 ; Matthieu 18.15-20.

Commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA de l’Eglise Protestante Malgache en France (FPMA)

Nous existons dans la mesure où nous aimons

La rupture n’est pas chrétienne !

Cette fois-ci nos trois lectures convergent. Elles nous parlent toutes de la communauté, de la communion, que nous avons à construire. Prenons une conscience plus vive de la vérité première qui fonde cette insistance de l’Écriture : ce que nous appelons le salut, qui n’est autre que l’accomplissement indestructible de ce germe de vie que nous possédons déjà, n’est pas affaire d’une perfection individuelle que nous cultiverions repliés sur nous-mêmes et nos performances ascétiques. Pas de salut hors des relations multilatérales que nous avons à tisser sans cesse et à conduire à leur plénitude. Si l’on accepte le langage du « salut », d’ailleurs scripturaire, disons qu’être sauvés c’est être reliés. Il en résulte que les autres, tous ceux que nous rencontrons sur notre chemin, sont en quelque sorte constitutifs de nous-mêmes et partie prenante de notre avenir dans la vie de Dieu. C’est pourquoi, comme le dit Paul (deuxième lecture), nous sommes toujours en dette vis-à-vis de tous, avant même de les rencontrer : la dette de l’amour mutuel. Pourquoi dire « mutuel », alors que nous ne pouvons prendre sur nous la réponse d’amour du partenaire ? Parce que c’est à cet échange d’amour, qui prend tout l’être, que nous voulons parvenir. Si la réponse de l’autre ne vient pas, nous n’avons pas à cesser d’aimer. Comme le dit Jésus dans le Sermon sur la montagne, le Père compensera, remplira ce vide d’amour créé par l’échec de la réciprocité.

Au-delà des ruptures, la communion

« Si ton frère vient à pécher » À première vue, on peut avoir l’impression que chacun de nous doit se faire surveillant et juge des autres, ce qui est démenti par bien des passages du Nouveau Testament. Pour comprendre, il convient de préciser le sens du mot « péché ». Il ne s’agit pas d’un manquement à quelque prescription de la Loi, de quelque « mauvaise conduite». Là encore, nous avons à découvrir qu’il ne s’agit pas d’un accident individuel mais d’un comportement qui brise l’unité. Est péché ce qui nous replie sur nous et nous sépare des autres. D’où la progression prescrite par Jésus. L’entretien « seul à seul» est déjà une démarche de réconciliation, une tentative de restauration de l’unité. En cas d’échec, il convient de recommencer avec deux ou trois personnes. Jésus reprend ici Deutéronome 19,15, passage inscrit dans le contexte d’une action communautaire. C’est d’ailleurs la communauté, nommée ici « Église », qui se prononcera en dernière instance. Cela parce que toute l’œuvre du Christ se récapitule dans la mise au monde d’un corps nouveau, cohérent et unanime. Notons que le délinquant obstiné sera traité comme un païen ou un publicain, c’est-à-dire un étranger. Or nous savons de par ailleurs que c’est justement pour ces brebis perdues, séparées du « troupeau », que le Christ est venu et a donné sa vie. Le dernier mot du message évangélique est « communion ».

« Je suis là, au milieu de vous. »

Voilà qui explique les deux dernières phrases de notre évangile. À première vue, la juxtaposition de la correction fraternelle et de l’efficacité de la prière en commun peut sembler un peu abrupte. Il y a pourtant un lien très fort entre ces deux thèmes. Il est signalé dans notre texte par la répétition de « deux ou trois», versets 16 et 20. Les deux ou trois d’abord réunis pour aider un frère à revenir à l’unité, les voici maintenant rassemblés au nom de Jésus pour une prière décidée en commun (le «se mettent d’accord» du verset 19). À vrai dire, cette prière n’a pas à franchir une distance infinie, celle qui sépare la terre et les cieux (toujours verset 19). En effet les cieux sont maintenant sur la terre puisque le Christ est là, «au milieu d’eux ». L’unité des hommes entre eux, leur convergence, vient du Christ et signale sa présence. Pourtant il est des alliances conclues en vue de nuire : les grands prêtres juifs et le païen Ponce Pilate ont bien fini par se mettre d’accord pour crucifier Jésus. Certes, mais cette union pour la négation de l’amour devait connaître un renversement pour devenir union dans la profession de foi. Réconciliation du juif et du païen dans l’unique Corps du Christ. Au départ ils n’étaient pas réunis « en mon nom», comme le réclame notre texte, mais pourtant à propos de Jésus. Il était bien, d’une certaine manière, « au milieu d’eux » et c’est pour cela que l’accord pour le crime a pu se transformer en accord dans la foi.

Author: Théodore Randriamanantena

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