L’amour ne se commande pas

Categories: Le Mot du pasteur

Exode 22,20-26 ; 1 Thessaloniciens 1,5-10 ; Matthieu 22,34-40

Commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA de l’Eglise Protestante Malgache en France

Jésus vient de répondre aux objections des sadducéens à propos de la résurrection. Les pharisiens, qui y croient, devraient s’en réjouir. Il n’en est rien : pour eux, la foi en la résurrection est moins importante que leur autorité, menacée par le succès de la prédication de Jésus. D’où une nouvelle tentative pour le prendre au piège. « Quel est le plus grand commandement de la Loi ? « , lui demande un pharisien docteur de la Loi. Un spécialiste. Question embarrassante. Lisez, par exemple, l’Exode et le Lévitique : vous y trouverez, en plus du Décalogue, une foule de prescriptions et d’interdits, dans le domaine de la morale et du rituel. Tout cela exprime la relation d’Israël à son Dieu et de chaque Israélite à son prochain, mais tout n’a pas la même importance. Que choisir ? À vrai dire, Jésus ne choisit pas : il cite le « commandement » qui est incomparable aux autres, qui est en quelque sorte hors-liste. J’ai mis « commandement » entre guillemets, car l’amour ne se commande pas. Avant de se donner, il se reçoit. Le commander n’est pas à proprement parler le prescrire, mais signaler que nous avons raison de l’accueillir. Cet accueil suppose bien entendu la foi et, d’ailleurs, se confond avec elle. Dans sa réponse, Jésus ne se contente pas de citer, il explique et amplifie. D’abord, il ajoute au texte de la Bible que le second commandement est semblable au premier, ce qui signifie que notre amour pour Dieu que nous ne voyons pas passe par l’amour des autres hommes, que nous voyons. Ensuite, il signale que tout le contenu de la Bible, Loi et Prophètes, découle de « ces deux commandements » et, en quelque sorte, ne fait qu’illustrer leur accueil et décrire les conséquences de leur refus.

Vers l’humanité accomplie

La révélation que l’amour est l’ultime vérité de l’homme ne souffre pas de discussion et n’admet pas d’exception. Par contre, les commandements et pratiques qui veulent la concrétiser dépendent des circonstances. « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture » en est là. Si bien qu’on est mal inspiré quand on détache une phrase de son contexte pour lui conférer une valeur absolue. En fin de compte, c’est la Pâque du Christ qui est la clé d’interprétation de toute la Bible. C’est là en effet que se révèle la plénitude de l’amour. Les disciples d’Emmaüs seront invités à relire tout le Livre dans ce sens. L’accueil par le Christ de la mort que nous lui imposons résume tout le passé et donne existence à tout l’avenir dans ce présent : au calvaire, la fin des temps est déjà là. Voici l’homme totalement accompli, parfaite image et ressemblance de Dieu, puisqu’il va jusqu’au bout de l’amour en donnant sa chair et son sang pour nous faire vivre. « Les temps sont accomplis ». Il nous reste à mettre au monde, au jour le jour, cet achèvement, cette perfection de l’humanité. Cela peut faire penser à la Loi et aux prophètes dont parle Jésus. Portant la marque du temps et des circonstances, ces observances ne sont pas immuables. Elles sont un langage, et tout langage évolue. On n’est pas disciple du Christ par des rites et des pratiques, mais par l’accueil de ce plus grand amour qui conduit à donner sa vie pour ceux que l’on aime (Jean 15,13). Et nous sommes appelés à n’exclure personne de cet amour. Il n’est pas en nous le fruit d’efforts et de tensions, mais de notre ouverture à cet Amour qui vient nous envahir.

Author: Théodore Randriamanantena

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