«Le monde entre nos mains»

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Matthieu 25.14-30 : Le monde entre nos mains.

L’image du maître qui s’absente se retrouve souvent dans les paraboles. C’est que nous en sommes là : Jésus lui-même, visibilité du Dieu invisible, va disparaître. Nous voici au stade du « croire sans voir ». Bien plus, en un certain sens, Dieu n’agit pas directement dans notre monde et son histoire. Tous les « talents » sont remis aux hommes : les voici entre nos mains. Nous avons déjà lu cela, dans un autre langage, en Genèse 1,28. Si Jésus le répète, c’est pour nous faire prendre conscience de notre responsabilité et de notre dignité. Ce dont la gestion nous est confiée, c’est l’œuvre de Dieu lui-même. L’amour de Dieu pour chacun de nous passe par les autres, par tous les autres. Par moi, par vous. Nous vivons cela en l’absence apparente de celui qui nous fait être, dans la nuit de la foi, mais un jour tout cela sera rendu à la lumière. Lumière de Dieu, retour du Christ, retour du maître de la parabole. Notons la prise en compte des différences entre les divers « serviteurs » : tous n’ont pas les mêmes capacités. Ne soyons donc pas surpris si d’autres font mieux que nous. Tout l’amour du monde peut s’investir en « peu de choses », le peu qui est la mesure de nos possibilités et qui, nous dit Jésus, deviendra « beaucoup », mot qu’il emploie pour qualifier l’avenir du premier et du second serviteur. Le peu que nous faisons, à la mesure de nos moyens, nous rend participants à la totalité de l’œuvre divine qui est création du monde. Notons que les sommes confiées ne sont pas récupérées par le maître mais restent en possession des serviteurs. Nous sommes vraiment invités à entrer dans la joie de Dieu. « Entre dans la joie de ton maître », dit ce dernier. Peut-être ne sommes-nous pas assez ambitieux.

Le troisième serviteur :
Pas assez ambitieux parce que pas assez confiants. Ce qui se cache derrière nos indolences et nos inerties est une pénurie de foi. Le troisième serviteur enfouit le talent parce qu’il se défie de son maître. Il le voit comme un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé. Ce serviteur ne croyant pas en l’amour ne peut rencontrer l’amour. Thérèse de Lisieux disait que Dieu se comporte avec nous selon l’image que nous nous faisons de lui : Vous croyez en un maître dur ? Eh bien vous aurez affaire à un maître dur… C’est bien ce qui arrive dans la parabole. En fait, l’obstacle se trouve bien du côté de l’homme : c’est lui qui se ferme à l’amour, à cet amour dont il refuse la visite en ne croyant pas à son existence. En enterrant le talent, c’est l’amour que le troisième serviteur a enterré. L’amour ? C’est Dieu lui-même. Tout cela préfigure la Passion et la mise au tombeau. Mais l’Amour nous donne alors cette vie que nous voulions lui prendre et par cet ultime don il a le dernier mot. Le nouvel Adam renaît de la poussière et entre dans la joie de Dieu. Chacun de nous est appelé à reparcourir cet itinéraire d’un nouvel Exode. Le troisième serviteur, lui, n’est pas invité à entrer mais il est au contraire « jeté dehors ». Surprenant et déconcertant ? Le Fils de l’homme n’est-il pas venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10) ? Nous retrouvons là une des lignes des évangiles, en contradiction avec les annonces du salut universel. Jésus révèle là ce qui devrait normalement se passer. Finalement, c’est lui qui sera jeté « hors du camp », hors de la ville des hommes (voir Hébreux 13,12-14). Dépouillé de tout ce qu’il a, il donnera sa vie pour nous la transmettre. Il prend la place du troisième serviteur.

Author: Jacky Emile

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