Les deux commandements

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Les textes bibliques de ce dimanche 29 octobre pour toutes les Eglises chrétiennes en Europe :

Exode 22.20-26 ; 1 Thessaloniciens 1.5-10 ; Matthieu 22.34-40.

Commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA de l’Eglise Protestante Malgache en France, président de la pastorale FPMA.

Mt 22.34-40 : Les deux commandements

Chers internautes, le monde protestant célèbre ce dimanche, le dimanche de la Reformation. Les Protestants considèrent le 31 octobre comme l’anniversaire de la Réformation. Ils associent aux martyrs pour la foi l’affichage par Martin Luther de ses quatre-vingt-quinze thèses sur les indulgences aux portes de l’Église du Château de Wittenberg.  Pour vous qui êtes en dehors de la France, et pour votre information, ce dimanche 29 octobre 2017, la quasi-totalité des protestants en France (Luthériens, Reformés, Evangéliques, Baptiste…) vont à Strasbourg pour marquer le 500è de la REFORME. Notre Eglise Protestante Malgache en France (FPMA) s’associe pleinement à cette fête avec une forte délégation.

Rappelons que la Réforme  protestante en clamant la seule gloire de Dieu, la seule autorité de l’Écriture sainte et la justification par la seule foi a marqué un  bouleversement salutaire et décisif.  L’Église s’est « re-formée » mais doit sans cesse veiller encore et toujours à se réformer pour vivre dans la fidélité à l’Évangile de Jésus Christ, Bonne Nouvelle du Salut offert à tous.

Chers amis protestants, ne tirons nulle gloriole de notre héritage et de notre appartenance aux Églises issues de la Reforme. Un héritage n’a de valeur qu’autant qu’on le fait fructifier et qu’on le partage. Si c’est pour l’enfouir, thésauriser et le garder jalousement, mieux vaut en être dépossédé.

Revenons à l’évangile de ce dimanche : Mt 22.33-40. L’Évangile que nous sommes invités à méditer ce jour constitue une interpellation qui vient fort à propos pour ce jour de commémoration. Il y est question de loi et de commandement, mais surtout d’amour. A première vue la loi est dispensatrice d’interdits, elle implique sévérité, sanction et répression. Et pourtant, pouvons-nous vivre sans elle ?

Remarquons que notre lecture d’aujourd’hui, Mt 22.33-40, est en pleine cohérence avec le « Discours après la Cène » de Jean, où l’invitation à l’amour mutuel, par lequel passe l’amour de Dieu, est en quelque sorte le dernier mot de cet évangile.

Cet amour, Jésus va maintenant l’afficher sur la croix. Rappelons que les deux commandements cités par Jésus ne font pas partie du Décalogue. Le premier se trouve en Deutéronome 6,5, dans le fameux « Écoute Israël », si souvent récité par les juifs. Le second vient de Lévitique 19,18 chapitre dans lequel nous trouvons une grande variété de formules concernant l’amour du prochain.

La nouveauté apportée par notre évangile consiste à déclarer « semblables » deux «commandements» tirés de deux livres différents. A mon humble avis «semblable» ne signifie pas ici seulement «comparable» mais «identique». En d’autres termes, notre amour pour Dieu ne peut prendre forme que par notre amour des autres. Souvenons-nous de ce que dit Jean dans sa première lettre (4,20) : « Qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas

L’unique relation au Dieu inconnu :

Question : quelqu’un peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas, et même peut-être en lequel il ne croit pas, simplement en aimant les autres, en se mettant à leur service ? Peut-on aimer Dieu sans le savoir ? La réponse est oui, et c’est bien ce qui est dit en Matthieu 25, 21-45. Texte célèbre : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’ai été sans gîte et vous m’avez accueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus me voir » Quand donc ? demandent, stupéfaits, les destinataires de cette déclaration, ou plutôt de cette révélation. On connaît la réponse : « Chaque fois que vous l’avez fait au moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait.» Surprise des interlocuteurs ! Voilà qui nous invite à porter un autre regard sur tous ceux, solitaires ou dans le cadre d’organismes divers, qui consacrent une partie de leur vie aux nécessiteux du Tiers-monde ou aux laissés-pour compte de nos sociétés de consommation. Le Christ se trouve, caché, dans les hommes que la vie crucifie et aussi en ceux qui leur portent secours. Le « Royaume » est déjà là. Dans notre évangile, Jésus dit que tout ce qu’il y a dans l’Écriture, Loi et Prophètes, dépend des deux commandements de l’amour, qui n’en font qu’un. Il y a là une des clés qui doit orienter toute notre lecture de la Bible et soumettre cette lecture à la recherche de l’amour.

Au-dessus de tout, l’Amour                        :

Dans la version parallèle de Marc (12,28-34), nous lisons non seulement que le double commandement de l’amour récapitule l’ensemble de l’Écriture mais encore qu’il vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. C’est dire que le culte, le rite ne sert à rien s’il n’est pas expression et célébration d’un amour qui est de par ailleurs, dans le quotidien, le moteur de la vie. Seulement nous sommes très habiles et même subtils pour nous esquiver, pour trouver des succédanés à un amour qui aime comme le Christ nous aime, c’est-à-dire en donnant notre vie (voir Jean 15,13). Nous confondons facilement l’amour dont il est question dans l’Évangile avec un simple sentiment d’affection qui très souvent ne survit pas à l’épreuve, ou avec un attrait physique, psychologique ou même sexuel qui peut s’avérer à l’usage l’inverse de l’amour : la décision de don de soi se confond alors avec son contraire, la volonté de posséder, de jouir de l’autre, voire de le dominer. C’est pour cela que nous devons nous méfier quand nous allons répétant «  amour, amour », ce que je fais en ce moment, d’ailleurs à la suite de Jésus dans le discours après son dernier repas, selon Jean en 13-17. Pour Paul l’amour, qu’il appelle de préférence « charité », et qui est bien accomplissement de la Loi (lire Romains 13,6-10), est au-dessus de la foi, qui un jour cédera la place à la vision ; au-dessus de l’espérance, qui prendra fin quand nous entrerons en possession de la vie qu’elle attend et qui est le lieu de l’accès à l’amour intégral (1 Corinthiens 13). Amour, ne l’oublions pas, est un autre nom de Dieu.

Author: Théodore Randriamanantena

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