Noël

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Noël 2017 : « Un enfant nous est né… »(Esaïe 9.5s), par le pasteur Théodore Randriamanantena, président de la pastorale de l’Eglise protestante malgache en France.

Un enfant nous est né, un fils nous a été donné

Une fois de plus, remarquons que ces verbes sont au passif, comme si les acteurs humains concernés n’étaient pour rien dans l’événement de la naissance. L’enfant vient d’ailleurs, de plus loin, de plus haut ; il est toujours un don, souvent inopiné puisque nous n’avons pratiquement pas de contrôle sur la génétique et devons prendre tel qu’il est « l’enfant qui nous est donné ». Regardons cet enfant dans cette crèche : il est tout neuf, et pourtant très ancien ; il remonte à la nuit des temps, ce qui se vérifie aussi pour tout enfant venant au monde (l’héritage génétique), mais bien plus encore pour Jésus. Ce que Jean dit du « Verbe » (évangile du jour), Paul ne craint pas de le dire du Verbe fait chair, du Christ : «Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-né avant toute création car c’est en lui que tout a été créé» . Ainsi, bien avant l’apparition de l’homme, il y a de l’homme, de l’humain, en toute chose. Cet humain prendra forme un jour et s’engagera dans une histoire qui aboutit maintenant à cet enfant, qui est l’homme accompli. Mais qui dit enfant dit promesse de croissance. Jésus, lourd de tout le passé, est aussi porteur de tout l’avenir. Il est l’Alpha et l’Oméga (si l’on veut : le A et le Z, tout l’alphabet) ; il est aussi le chemin qui va de l’un à l’autre. Chers internautes, engagés à la suite du Christ, nous ne sommes pas les adeptes d’un univers religieux particulier, mais des hommes engagés sur le chemin d’humanité qui nous conduit à notre achèvement.

Dans une mangeoire

Ce chemin d’humanité passe par la mort acceptée, et cela est déjà signifié dès la naissance de Jésus. Inutile pour comprendre cela d’évoquer la persécution décidée par Hérode, bien qu’elle en soit l’un des signes. Pour l’instant, contentons-nous de remarquer que Jésus est couché dans une mangeoire. Cela peut sembler un peu trivial ou même vulgaire, mais certains Pères de l’Église ont vu dans ce détail une annonce voilée du don de la chair et du sang en nourriture pour la vie. Pourquoi le «chemin d’humanité» passe-t-il par là ? Parce que l’humanité accomplie est synonyme de l’amour, et que l’amour s’exprime par le don de soi. En même temps, l’acceptation de la mort signifie le choix de la vie, la confiance totale faite à la Parole qui la promet au-delà de tout. En Philippiens 2,5-11, l’apôtre Paul présente comme une séquence d’un seul tenant l’abaissement du Fils se faisant humanité pour être Dieu-avec-nous (sens du mot Emmanuel), le passage par la mort comme chemin nécessaire pour accéder à la Vie absolue exprimée dans les versets 9-11. Tout passage par la mort, tout ce qui la prépare et l’annonce, tout affaiblissement précurseur, peuvent devenir don, expression d’un amour qui ne sait rien refuser. Méditons cela en regardant cet enfant dans cette mangeoire. Il est cet enfant parce qu’il est celui qui « n’a pas retenu jalousement sa condition divine ». En Genèse 3, l’homme veut se faire Dieu, voici maintenant que Dieu se fait homme. Le cercle est bouclé car, du coup, aux versets 9-11, c’est un homme, c’est l’Homme, qui accède à la condition divine.

L’immense dans l’infime

L’humilité de Dieu se confirme par la modestie du récit. Quoi de plus ordinaire qu’une naissance dans la précarité et la pauvreté ? Les premiers témoins dont nous parlent nos lectures sont des bergers, personnages peu estimés, semble-t-il, à l’époque. En tout cas l’Israël «d’en bas». Et pourtant cet événement insignifiant prend figure d’une aurore, de la venue, discrète, de la lumière dans un monde de ténèbres. Chers internautes, répétons-le, nous avons à découvrir l’immense dans l’infime. Cette lumière n’a pas encore atteint la splendeur de tout son rayonnement : la venue en gloire est pour la fin de l’histoire. En attendant, faisons confiance à la Parole, ce que Marie a su faire, et croyons que Dieu est vraiment Dieu-avec-nous, dans la joie des naissances comme dans le chagrin de nos deuils. Choisissons la joie puisqu’un Fils nous a été donné, une joie qui peut, avec le temps, devenir à l’épreuve du pire. Pensons à la Passion du Christ. Mais si Dieu a pu ainsi épouser l’humanité, c’est qu’il y a déjà de l’humanité en Dieu. Nous sommes image et ressemblance de cette humanité-là. Précisons : il n’y a pas en Dieu «une part d’humain», tout est humain en lui et tout ce qu’il y a en l’homme est reflet de cette lumière. C’est pourquoi saint Irénée disait du Christ, l’homme parfait : «Ce qui était invisible du Fils était le Père, et le visible du Père était le Fils.» Bien sûr, cela est déjà vrai de l’enfant de Bethléem.

Author: Théodore Randriamanantena

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