Quel est ce chemin que nous avons à aplanir pour que Dieu puisse nous rejoindre ?

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Le mot  du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA :  Esaïe 61.1-11 ;1 Tes 5.16-24 ; Jean 1.6-8 et 19-28.

Quel est ce chemin que nous avons à aplanir pour que Dieu puisse nous rejoindre ?

Qui est Jean ?

Chers amis internautes. Dieu vient à nous «par». Par les autres ; il nous aime par leur amour, nous aide par les services qu’ils nous rendent. Allons un peu plus loin sur cette voie et interrogeons-nous sur la place de celui que Dieu traverse pour nous rejoindre. Les prêtres et les lévites interrogent Jean sur son identité : «Qui es-tu?». On le sait, la même question sera posée à propos de Jésus. On peut même dire que c’est là une des questions majeures des Évangiles. Elle se pose encore à chacun de nous et nous n’avons jamais fini de trouver une réponse satisfaisante. En ce qui concerne Jean, il ne répond que par des négations, il dit avant tout ce qu’il n’est pas. Ce qu’il est ? Simplement une voix qui crie à travers le désert. Une voix très ancienne puisqu’elle crie déjà dans Isaïe (40,3). Là, elle ne porte pas de nom ; sans doute parce qu’elle est multiple : ne désigne-t-elle pas la multitude des voix prophétiques ? Jean porte un nom, certes, mais il disparaît derrière son rôle, sa fonction, sa mission qui est d’être la voix humaine par laquelle nous parle la voix de Dieu. Au fond toute l’Écriture en est là. Parlant du Christ, Jean dira : «Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue» (Jean 3,30). Ainsi s’efface celui qui porte la Parole. Il s’efface et pourtant Jésus dira que «parmi les enfants des femmes il n’en est pas de plus grand que Jean» (Luc 7,28). Sans doute justement parce qu’il s’efface. Nous apprendrons que c’est celui qui choisit d’être le plus petit qui devient le plus grand.

Tout va au Père :

Les scribes et les prêtres se demandent qui est Jean ; ils ne connaissent pas le Baptiste mais ils ne connaissent pas non plus celui qu’il annonce et qui est pourtant parmi eux : «Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas�» À y regarder de près, cette parole de Jean est pleine de mystère. Elle nous parle de Dieu lui-même, qui vient à nous en la personne de Jésus, mais qui est déjà là, depuis toujours. Sans cesse il vient nous trouver pour nous faire exister. Sa présence active est au passé et au futur, mais nous ne la saisissons et ne pouvons l’accueillir que dans l’ici et le maintenant. Le présent est en effet le seul «temps» dont nous disposons ; et ce présent est présence. Donc Jean s’efface pour laisser passer celui qui vient, mais il est remarquable que Jésus, à son tour, s’effacera lui aussi. Il expliquera que ceux qui l’accueillent reçoivent en fait celui qui l’a envoyé. Ses paroles dit-il, ne sont pas de lui, ses œuvres non plus : tout ce qu’il dit et fait lui vient du Père. Jésus est donc lieu de passage. Par lui, Dieu vient à nous, et personne ne peut aller au Père sans passer par lui. Il n’est pas seulement la voix qui dit les Paroles de Dieu dans le désert de nos existences, il est aussi la voie que nous avons à parcourir pour aboutir à notre participation à la nature divine. Il vient à nous pour faire passer notre humanité «de ce monde à son Père.»

« Préparez un chemin pour le Seigneur »
Quel est ce chemin que nous avons à aplanir pour que Dieu puisse nous rejoindre ? Chers amis enternaures, encore un paradoxe : nous sommes à la fois le but du chemin et le chemin lui-même. Quand Dieu nous rejoint, il fait de nous un lieu de passage vers les autres et nous sommes alors assimilés au Christ. Qu’est-ce à dire sinon que la substance même de notre vie, quand elle atteint sa vérité, est la relation ? Relier, créer des liens, communiquer, communier, faire un seul corps, tout cela dit la même chose : nous n’existons que par l’amour ; et l’amour est réalité divine. Une vérité presque inquiétante : Dieu ne peut venir dans notre monde que si nous le laissons passer. Nous avons, en notre liberté, le pouvoir redoutable de lui barrer la route. En réalité, il passera quand même, mais il y faudra la porte étroite de la Croix. Mais en quoi consiste aplanir le chemin, niveler les collines et les montagnes (cf. Isaïe 40,3-5) ? En Luc 1,17, il est dit que Jean viendra « pour ramener le cœur des pères vers leurs enfants et les rebelles à la sagesse des justes, préparant pour le Seigneur un peuple bien disposé. » À partir de là nous pourrions être tentés de moraliser à outrance, fût-ce en durcissant l’exhortation de Paul dans la seconde lecture. Parlons plutôt d’espérance, de joyeuse attente de celui qui vient, de disponibilité pour l’accueillir. Que le cœur des pères se tourne vers cet enfant qui va naître et qui naît sans cesse, vers celui qui nous vient de notre avenir.

Author: Théodore Randriamanantena

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