Un repas de noces

Categories: Prédication

Le mot du pasteur : Mt 22.1-14  « Un repas de noces »

 La peur d’accueillir la joie, met le roi en colère !

Un autre commentaire du pasteur Théodore RANDRIAMANANTENA.

Invitation à la joie. Tant que l’époux est là, dit Jésus en Matthieu 9,15, ses amis se réjouissent. Dans notre évangile, il reprend les termes d’Isaïe (1re lecture) pour décrire la somptuosité d’un repas que l’on peut dire eschatologique. Isaïe en effet situe ce repas en «ce jour-là», expression qui évoque la fin des temps, l’ultime intervention de Dieu. Jésus, lui, parle au présent : «Tout est prêt.» Les noces sont pour maintenant. «C’est aujourd’hui le jour de la grâce, c’est aujourd’hui le jour du salut.» Autre différence avec Isaïe : dans notre Parabole il est question, justement, de noces et des noces du Fils. Le thème des noces du Christ avec l’humanité, dont la figure est l’union nuptiale du Christ et de l’Église, est très présent dans le Nouveau Testament, jusqu’à la fin puisque Apocalypse 19,6-9 présente les noces de l’Agneau comme la conclusion de toute l’histoire. Isaïe et l’Évangile y voient l’aboutissement heureux d’un parcours difficile : voile de deuil qui enveloppe tous les peuples, larmes, mort, humiliation chez le Prophète, refus d’entendre l’appel chez Matthieu. Question : sommes-nous les invités ou les épousés ? Je pense qu’il faut répondre : les deux. Les Paraboles, on le sait, présentent toujours un certain flou, ce qui leur donne valeur à plusieurs niveaux. Nous voici invités à nos propres noces. Comment allons-nous répondre ?

La peur du nouveau, peur de la joie

Les noces sont toujours un commencement, l’aube d’une vie nouvelle. Les époux deviennent ce qu’ils n’étaient pas. Le mariage a quelque chose à voir avec une renaissance. Est-ce ce caractère de nouveauté qui décourage les invités ? Attachement au bien connu, au déjà-là, à ce que l’on possède et domine ? La nouveauté fait peur et il est toujours difficile de passer de la peur à la foi ; foi en l’avenir dont il est malaisé de prendre au sérieux les promesses. D’où le sort réservé à ceux qui viennent inviter à sortir de la sécurité du bien connu pour s’ouvrir à l’inconnu qui vient tout déranger. La réaction des appelés fait penser au comportement des vignerons homicides du commentaire précédent, mais en plus nuancé. Dans notre évangile nous trouvons en effet deux types de réactions. Il y a d’abord ceux qui ne veulent pas entendre parce qu’ils ont autre chose à faire ; ils sont prisonniers du monde de leurs routines qui garantit leur sécurité. On repense à la Parabole du semeur en Matthieu 13,3-23 : « Celui qui a reçu la semence dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent cette Parole, qui devient stérile. » Ici les invités ne tiennent aucun compte de l’invitation et s’en vont, l’un à son champ, l’autre à son commerce. Les invités de la seconde catégorie d’invités, comme les vignerons, tuent ceux qui viennent les convier à la joie.

La colère du roi

Le roi fait périr les meurtriers, comme, dans les derniers versets, il renvoie aux ténèbres celui qui n’a pas revêtu l’habit de fête. Sommes-nous renvoyés au Dieu punisseur qui ne pardonne pas ? Trop de textes du Nouveau Testament et le cœur du message évangélique démentent cette interprétation. Jésus nous annonce ce qui devrait arriver selon le cours normal des choses, si nous restions sous le régime de la Loi. Après tout, vignerons et invités se sont exclus eux-mêmes du lieu de la vie : pas besoin de décret royal pour cela. Plus tard nous apprendrons que même les meurtriers auront part au repas de noces. Pour cela nous devrons écouter le langage de la croix, voir Jésus crucifié et l’entendre pardonner le meurtre. En fin de compte, c’est la croix qui sera le lit des noces du Christ avec l’humanité. C’est là qu’il livrera son corps et son sang pour devenir avec nous une seule chair. Là il nous rejoindra dans notre péché, dans ce péché qui le tue, et dans notre malheur. Nous sommes en effet à la fois auteurs et victimes du meurtre. Les choses n’en restent pas là parce que les noces sont source de vie et que la résurrection fera de nous des enfants de Dieu animés d’une vie nouvelle. Nous voici à la fois épousés et engendrés. Notre évangile annonce cela en termes voilés, quand le roi prescrit aux serviteurs de faire entrer dans la salle de la fête à la fois les bons et les mauvais.

 

Author: Théodore Randriamanantena

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