Vivre c’est désirer

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Textes bibliques ce 1er dimanche de l’Avent 03 Décembre 2017 pour toutes les Eglise Chrétiennes en Europe :

Esaïe 63.16-64.7 ; 1 Cor 1.3-9 ; Marc 13.33-37.

Commentaire du pasteur Théodore Randriamanantena président de la pastorale de l’Eglise Protestante Malgache en France (FPMA).

Vivre, c’est désirer :

L’Avent, mot qui signifie « venue », est le temps de l’attente ; ou plutôt le temps où nous braquons le projecteur sur le désir de ce qui vient. Donc pas un temps parmi d’autres, mais la célébration d’une dimension permanente de notre vie, une vie qui est comme aspirée par son achèvement. L’enfant est comme aspiré, physiquement et psychologiquement, par l’adulte qu’il doit devenir. Bien sûr, un généticien verrait cette croissance comme le fruit d’une programmation préalable, mais ce « passé » de la programmation n’est-il pas commandé par un projet, une tâche à accomplir ? Le programme n’est que l’inscription dans la chair du désir de l’être à venir. Désir : d’abord conscience du caractère provisoire de ce que l’on vit et de ce que l’on est ; insatisfaction du « déjà là ». Cette conscience de l’incomplétude engendre l’attente de ce qui vient, l’instance de l’avenir. Être en vie, c’est cela. Il est vrai que l’attente fondamentale de notre accomplissement peut s’investir, et parfois se perdre, dans des désirs à brève échéance, dans la course pour la possession d’objets qui peuvent nous aider, mais jamais nous combler. L’homme riche de Luc 12, 16-21, à bout de désir parce que comblé par ce qu’il a acquis, « se repose », c’est-à-dire s’immobilise. Sans s’en douter, il est passé de la vie à la mort. C’est bien pour cela qu’il meurt « cette nuit même ». Restons vivants, et attendons l’Homme Nouveau que nous recevons et devenons.

Le Christ, route à suivre :

Voilà pourquoi nous rencontrons si souvent dans la Bible l’image de la route. À l’arrière-fond, l’Exode, cette longue marche d’une vie entière vers la terre de la liberté qui est aussi celle du bonheur. Cette terre ou coulent le lait et le miel est une figure de ce que nous appelons le Paradis, un Paradis qui nous renvoie au jardin du commencement mais aussi à l’entrée dans le repos de Dieu, ce repos du septième jour qui, à la fin des temps, signe l’achèvement de la création ; de notre création. Ce repos ne signifie pas la cessation du désir : le désir est sans cesse renaissant et sans cesse comblé. Jusque-là, inachevés, nous sommes en route. Le Nouveau Testament nous apprend que cette route n’est autre que le Christ lui-même. Il est la Voie entière : déjà là à l’origine de ce mouvement de création, il en est aussi le terme. Rappelons Apocalypse 22, 13 : «Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et l’achèvement.» Ce thème se retrouve souvent dans l’Apocalypse. En 1,17-18, la mention de la vie vient s’ajouter au couple Premier-Dernier. C’est que vivre consiste à entrer dans ce cheminement qui récapitule la totalité des temps. Le Christ est en même temps celui qui fonde le commencement, l’homme terminal qui est notre destin et le chemin qui va de l’un à l’autre. Apocalypse 1,8 parle de «  celui qui est, qui était et qui vient». Nous allons vers le Christ parce qu’il vient vers nous. Voilà ce dont nous avons à prendre conscience pendant l’Avent.

Sous le régime de la Promesse :

Nous pourrions croire qu’avec la venue du Christ à Bethléem, tout est accompli. Il n’en est rien, car nous n’avons pas encore atteint « l’état de l’homme parfait, à la stature qui est celle de la plénitude du Christ » (Éphésiens 4,13). Ce qui signifie, entre autres, que tant que le Christ n’est pas venu « dans sa gloire », il n’a pas atteint lui non plus sa plénitude. En attendant, nous sommes toujours sous le régime de la « Promesse ». Lors de son « départ », il envoie ses disciples sur les routes du monde. Routes personnelles et routes de la communion ecclésiale. En même temps l’antique promesse biblique se précise : l’Esprit, qui est Dieu lui-même, nous sera donné et nous introduira dans la vérité totale. Nous sommes en chemin vers cette vérité, qui n’est autre que le Christ. Vérité de la fin et vérité de la route qui nous y conduit. Vérité aussi de la route de Dieu vers nous, cette dépossession qui amène le Verbe à l’humilité de l’enfant de la crèche. L’évangile du jour nous invite à la vigilance : il s’agit de garder les yeux ouverts pour ne pas manquer la visite de Dieu. Cette visite, en attendant la rencontre terminale, est permanente : le Christ ne cesse pas d’être « celui qui vient ». Ces visites ont la fidélité et la fragilité de la Manne : on ne peut pas se les stocker ; chacune d’elles nous prépare à la suivante. À l’horizon, l’entrée dans le repos de Dieu. Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin : voici que, dans le Christ, Dieu lui-même vient partager les fatigues de la marche.

Author: Théodore Randriamanantena

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